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Le Chant du Tibet

La petite princesse de la montagne

27 Juillet 2009, 07:52am

Publié par Chris

L'homme au visage poussiéreux et au regard clair me convia rapidement à pénétrer à l'intérieur de sa demeure. Un fourneau alimenté aux crottes de chèvre occupait la partie centrale de l'unique pièce. Ce qui me choqua en arrivant, ce fut le dénuement matériel dans lequel vivait la famille de cinq personnes qui ce soir m'invitait. Quelques ustensiles de cuisine, un bidon utilisé comme réserve d'eau, quelques couvertures pour le couchage, quatre murs vides et un toit. Voilà tout ce que contenait la maison. Le jeune couple de bergers des montagnes paraissait fatigué par cette vie d'altitude et d'ascèse forcée. Malgré leur jeunesse, la vie use prématurement ici.

Des trois enfants du foyer, la plus petite vêtue d'un chandail vert trop court et d'un petit fichu rouge sur la tête ne se déparaissait pas de son sourire en m'observant. Elle n'avait jamais vu d'étranger. Elle était curieuse et le montrait bien. Elle me parlait sans discontinuer, ne s'offusquant même pas que je ne réponde pas à ses interrogations incessantes. La petite séance photo que j'improvisais la ravit et l'émerveilla. Mais quand mon regard se posa sur les chaussures à l'agonie de sa mère, un sentiment de honte m'envahit. Elles étaient dans un état pitoyable. Les semelles étaient prêtes à se désolidariser. Je possédais peu ; ma vie se résumait à un sac à dos et pourtant cela pouvait paraître déplacé comparé à la pauvreté de ces gens. Je rangeai l'appareil photo, honteux, en me sermonant intérieurement.

La petite princesse continuait de me parler, encore, intarissable. Sa petite voix pointue et ses mimiques la rendaient adorable. D'un coup, j'oubliais la fatigue, le froid qui s'abattait sur la montagne, la nuit qui tombait, d'où je venais et où j'allais. Ce petit être était là, face à moi, et je songeais à son avenir dans l'âpreté de cette montagne aride où paissait un troupeau d'une cinquantaine de chèvres au pelage blanc. Mais bon sang ! que pouvaient donc manger les animaux ? Il n'y avait rien ! Absolument rien à arracher à la poussière et aux cailloux !

Le lendemain, je chevauchais ma bicyclette. J'avais le coeur gros de quitter cet endroit. Je n'avais pas réussi à connaître le prénom de cet enfant, mais pour moi, elle restera la petite princesse de la montagne.

 

     

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