Rentrer

Une maison. Un toit. Je n'en avais plus depuis le 1er jour du voyage. Même pas une tente. Juste l'immense ciel étoilée au-dessus des yeux. J'ai pu mesurer avec quelle force il est possible de passer de la rassurante condition sédentaire à celle du nomade qui doit construire chaque minute de sa vie, improviser, composer avec les éléments chaque seconde.
En général, il n'y a pas de transition. C'est brutal.
Rentrer à la maison est un bonheur sans nom. C'est la redécouverte d'un microcosme que l'on ne voit plus à force de le côtoyer. S'en détacher un temps permet d'en apprécier chaque once de plaisir au retour. Depuis que je suis rentré et malgré une météo superbe, je n'émets aucun désir d'aller au dehors. Je savoure le plaisir de marcher pieds nus sans me salir les pieds, jouir du calme retrouvé et jubiler de tout petits bonheurs oubliés : écouter de la musique, ne pas en écouter du tout, sentir la proximité de la nourriture bien que souvent je n'y touche pas par respect. La savoir près de moi suffit à me nourrir.
Plus de col à 5000 mètres à franchir pour en trouver, ni à marcher 10 heures dans la journée pour dénicher un bol de soupe de nouilles pimentée. Ca, c'est le combat du voyageur. Pas celui du sédentaire. Une table, des chaises, des vêtements propres, un peu, beaucoup d'amour. La vie ne devrait jamais rien demander de plus. Henry-David Thoreau ne professait que ça dans sa cabane de Walden construite de ses propres mains. C'était déjà en 1854.
Pourquoi faut-il partir si loin pour redécouvrir ce qui est si évident ?
Fred va reprendre le travail. De mon côté, je cherche une nouvelle porte d'entrée tibétaine. Avec obstination.
C.
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