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Le Chant du Tibet

Coup de fatigue

3 Août 2009, 06:25am

Publié par Chris

La piste est mauvaise, caillouteuse, déformée, exigeante. En 5 km, je m'arrête 5 fois.
Trop chaud, trop froid ; les jambes ne tournent pas comme d'habitude. Nuit moyenne et légers vertiges le matin.
Il est clair que la forme n'est pas là.

Le paysage montagneux contraste singulièrement avec la platitude des derniers jours. Je monte lentement, trop lentement. Ma vitesse ne dépasse pas 7 km/h. Quelque chose ne va pas. Je m'accroche pourtant et fais l'effort comme on dit dans le milieu cycliste. 3000, 3200, 3500 m d'altitude. Tout en gravissant avec beaucoup de peine ce col difficile, j'imagine celui qui m'attend, un col colossal culminant à 5400 m.

"Plus que 2000 mètres !" pensai-je. J'étais optimiste et ne savais pas encore qu'au détour d'un lacet, juste derrière un petit dos d'âne, un vide immense allait s'ouvrir à mes yeux. Le sol parut se dérober sous mes pieds. J'ai compris tout de suite que je n'irai pas plus loin. La piste paraissait plonger dans les entrailles de la Terre avant immanquablement de repartir à l'assaut des cieux. L'horreur ! J'avais bien trop donné pour arriver jusque ici et les forces me manquent précisement au moment où j'en ai le plus besoin.

 
Ascension d'un col perché à 3500 m d'altitude

Mon état de fatigue anormal me fait renoncer au jeu des montagnes russes de l'Aksai Chin, véritable noeud géographique. J'aurais eu besoin d'un mois supplémentaire, chose inenvisageable. La montagne a gagné.
Pourtant, au moment de tourner définitivement le dos à la piste du Tibet, aucun regret ni aucune déception n'est venu m'envahir. J'ai tout donné physiquement comme mentalement et touché mes limites, celles que précisement je ne connais pas et que j'explore sans cesse depuis si longtemps.

En me retournant quelques heures plus tard, sur le chemin du retour, je regarde la montagne se retirer doucement de l'horizon.
Le soir venu, je bivouaque sur une légère pente aride, semblable à une vague immense étirée vers l'ouest et figée dans son élan.

Il fait doux, j'ai l'esprit en paix. Demain, je vais à Kashgar, la perle de l'Asie centrale.

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