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Le Chant du Tibet

Séance de home trainer ouïghour

18 Juin 2009, 13:27pm

Publié par Chris

220 kilomètres derrière une benne rouillée. C'est ce que je venais de parcourir en arrivant à Aksu.

Protégé du vent par un chargement de métaux en déréliction transporté dans une benne rouillée, j'ai eu la sensation d'effectuer une très longue séance de home trainer. En réalité, j'étais bien trop heureux d'avoir trouvé sur ma route ce pare-vent envoyé par la providence. La première pause fut au kilomètre 150. Le chauffeur du tracteur de type chinois ne voyait aucun inconvénient à ce que je voyage derrière lui et m'offrit même le repas au milieu de l'après-midi. Je crois aussi qu'il était dépassé par le fait que je m'éreinte de la sorte derrière sa benne, plutôt que de monter dedans. Visiblement, il parut s'accoutumer de mon excentricité puisqu'il m'invita donc à partager une soupe de nouilles.
Puis le tracteur repartit. Et moi derrière, l'estomac ensevelli d'une nourriture trop vite avalée mais bien caché derrière cette barrière roulant contre le vent.
A la 6ème heure, la fatigue gagna mon corps. Les kilomètres parurent plus long, la vitesse imposée par le véhicule plus cadencée alors qu'il n'en était rien. Le compteur ne décrochait pas du 34 km/h. Plus chaussé d'une paire destinée à la marche qu'à la pratique du vélo, en pantalon et sur un vélo chargé d'une quinzaine de kilos, je tentais de terminer l'étape la plus longue que j'ai jamais parcourue en voyage.



Le paysage devant moi et autour de moi n'avait pas varié d'un pouce depuis longtemps. A la fois désespérant et exaltant, ennuyant et hypnotisant. Son uniformité me plaisait autant que je la détestais. Depuis quelques jours, je me prenais de passion pour les lignes parfaitement droites. J'étais comblé. Défiant toutes les règles de l'esthétisme photographique, j'ai joué de l'uniformité du ciel et de la terre, infinitudes issues du néant, pour composer mes images.



 
Portraits Ouïghours


Ouïghours hilares à la vue de l'objectif


Cuisine de rue où l'on sert l'incontournable "Soupe de Nouilles"

  
Etalage de viande au marché


Arrivée remarquée à Aksu

Passé le coup de fatigue, la fin du parcours fut un réel plaisir (si ! si!). Je me pris à penser qu'en Europe, personne ne songerait  à parcourir 220 km en tracteur. Ici, cela arrive souvent. Je me remémore alors l'impatience qui gangrêne les esprits surchauffés des conducteurs de voiture sur les départementales françaises et me dis qu'il y a là un gouffre abyssal qui sépare nos deux civilisations, nos deux courants de pensées. Je me dis aussi que l'Asie est plus proche de la sagesse que nous ne le serons jamais parce qu'elle a apprivoisé le temps, en a maitrisé le cours et a réussi à cultiver une qualité indispensable ici : la patience.

Paul Brunton, dans son récit "Un ermite dans l'Himalaya" rédigé en 1936, parlait déjà de la folle course contre le temps que menait les Européens. Il en a déduit que " les hommes pensent que c'est le temps qui passe, alors que le temps, lui, regarde les hommes passer."
  

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