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Le Chant du Tibet

Interrogations

23 Septembre 2008, 11:48am

Stock Kangri. 6121 mètres d'altitude. 
Le lot de consolation de cette fin de première partie du voyage est maintenant sous nos pieds. Après l'échec à Nelang et l'abandon prématuré de la grande traversée du Zanskar, la montagne était l'ultime espoir de ne pas rentrer complètement bredouille. Depuis le sommet, je scrute l'horizon infini des sommets alentours. Il y en a des dizaines, des centaines comme une forêt de pics légèrement recouvert de blanc hérissée vers un ciel qui reçoit la première lumière du jour.
 
De ces récents échecs, j'ai appris bien plus que des réussites passées. Réussir est chose facile. Se relever d'une déception est une épreuve nouvelle pour moi mais très formatrice. J'ai appris que rien n'est jamais acquis, que tout se gagne, parfois d'arrache pied. J'ai compris qu'il ne faut jamais juger selon les apparences. Ce qui parait facile peut se reveler âpre à franchir.
 
Qu'est ce que la difficulté ? Qu'est-ce que l'impossible ? Ce qui n'a jamais été tenté comme le clame Mark Twain ?

Pourquoi décide-t-on à un moment de rebrousser chemin alors que l'on a consacré toute l'énergie des mois précédent à préparer avec obstination son parcours ? Est-ce de n'avoir pas su trouver les ressources mentales et physiques de continuer ?

Savoir renoncer nécessite autant de courage et d'honnêteté envers soi moi-même que de poursuivre une aventure aux limites du possible. Il m'a fallu 10 jours avant de trouver la force de rebondir et d'envisager de pouvoir reprendre le fil des "chemins de la liberté".

Maintenant, je visualise parfaitement ce que je dois faire et le chemin à accomplir. Là se trouve la véritable épreuve du voyage. Un test grandeur nature sans aucun gage de réussite. L'aventurier qui part sur les routes apprécie l'imprévu. Il aime naviguer à vue sur l'océan de l'incertitude des jours à venir. Le montagnard préfère la solitude des hautes sphères, loin des miasmes morbides, la simplicité absolue d'un objectif tangible à atteindre au coeur d'un monde minéral et pur.


Avancer, grimper, rencontrer, réfléchir, réaliser, atteindre...Selon Sylvain Tesson, une vie n'est réussie que lorsqu'elle n'est composée que de verbes d'action. Là, se trouve le salut de l'âme du voyageur. L'inaction lui est insupportable et le mouvement aussi vital que celui du requin qui nage en dormant pour ne pas s'asphixier. Pour cela, le voyageur doit impérativement élever son seuil de tolérance car en route les épreuves, nombreuses, lui barreront le chemin.
D'abord le froid, la faim, la fatigue, la pluie, la pluie, les ennemis de toujours, puis la solitude, l'absence de ceux que l'on aime peuvent devenir lancinant au fil des jours et des semaines.Ce sont les ennemis rampants et sournois, invisibles et pourtant si présents dans l'esprit du voyageur et qui tentent de le dissuader de poursuivre son chemin, de le ramener à la raison comme à la maison. La tentation est parfois grande quand la difficulté devient temporairement maximale mais l'homme obstiné sait que tout finit par passer, que tout n'est qu'impermanence et mouvement car il a acquis la sagesse et la patience nécessaire dans sa quête d'absolu. Il courbera l'échine en attendant des jours meilleurs.
Il laissera passer la tempête et saluera avec reconnaissance le retour du soleil.   

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